Chers élites, méfiez vous de l'eau qui dort !

Publié le par Christophe

Emeutes Slovénie

 

Il est des peuples qui semblent amorphes, indifférents à tout, pourvu qu'ils aient l’essentiel du quotidien. Certains diront « du pain et des jeux ». Et puis, d'un seul coup, un sursaut vient bousculer les choses établies à la grande surprise de ceux qui se pensaient intouchables. Alors qu'ils semblaient oublier qu'ils étaient les représentant d'un peuple qui les avait élus, leur sentiment d'impunité les a fait oublier que parfois un jour ne ressemble pas à un autre. C'est ce qui s'est passé début décembre en Slovénie, où des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Maribor pour chasser leur maire. Qu’est-ce qui a motivé les habitants de cette ville sans histoires ? La crise et le sentiment d’impunité des élites.

Source : Article original du journal Croate : Jutarnji List

Personne ne vous a parlé de cela en France, tout comme personne ne vous avait parlé de la révolte Islandaise de 2008. Le souci pour nos élites étant de ne pas avoir de contamination...

 

 

La révolte d’un peuple si tranquille


Maribor a toujours eu la réputation d’être une ville où il ne se passait rien. Le taux d’abstention aux élections y était plus élevé qu’ailleurs, ses habitants ne s’engageaient pas particulièrement dans la vie sociale ou politique. Comment est-il possible qu’en une seule semaine 20 000 personnes aient défilé sur la place de la Liberté, brandissant des pancartes contre le maire de la ville, jetant des œufs, des chaises et des cocktails Molotov sur l’hôtel de ville ? On n’en revient toujours pas. D’autant plus que, comme dans une sorte d’extase généralisée, le pays tout entier est descendu dans la rue en signe de solidarité avec Maribor. En vingt ans d’indépendance, c’est un fait sans précédent. On parle même de “l’insurrection de Maribor” comme d’un événement historique. Mais quelles en sont les causes ?

 

 

Première cause : La politique de l’automobiliste « vache à lait »


La décision du maire de Maribor, Franc Kangler, d’installer des radars fixes à tous les carrefours importants de la ville. En quelques jours seulement, ils ont enregistré 70 000 infractions. Toutes ces amendes à payer sont pour une population qui accuse déjà durement le coup de la crise économique une difficulté supplémentaire. Qui plus est, les radars ont été installés à des endroits où il était le plus facile de prendre les automobilistes en faute, et non pas à proximité de lieux dangereux ou plus logiques comme des écoles, par exemple. Le droit de concession des radars a été accordé à une entreprise privée. La majorité des amendes (environ 93 %) a été encaissée par cette entreprise, qui avait promis de renouveler le système des feux rouges. Ainsi, le maire a réussi une mission impossible, à savoir privatiser l’Etat. Les premiers signes de contestation n’ont pas tardé, et on a commencé à trouver des radars incendiés à Maribor.

 

 

Deuxième cause : Le clientélisme et la corruption

 

L’affaire de la privatisation des radars n’était que la dernière en date. Depuis 1997, on a privatisé à tour de bras : le système d’assainissement et celui de la distribution d’eau, les transports publics, le téléphérique, les pompes funèbres… Résultat, mourir à Maribor coûte deux fois plus cher que mourir à Ljubljana !

Récemment, la Commission nationale de lutte contre la corruption a dévoilé des “abus de pouvoir” à Maribor, ainsi qu’une “corruption systématique”. Cette découverte n’a pas surpris les citoyens. La Commission ne faisait que confirmer ce qu’ils savaient déjà.

Mais la contestation a fait tache d’huile dans tout le pays parce que les citoyens ne s’insurgeaient pas seulement contre Kangler et ses combines. A Ljubljana, à Kranj, à Celje ou à Trbovlje, les gens sont sortis dans la rue, une bougie à la main, pour protester contre la corruption, le clientélisme et les oligarques locaux. Ils avaient peur que la Slovénie tout entière ne devienne un succédané de Maribor.

 

 

Revue de presse

 

Večer : C’est une vague de protestations. Les manifestations contre la corruption et les mesures d’austérité du gouvernement du conservateur Janez Janša, qui avaient marqué la campagne électorale, ont repris après l’élection du social-démocrate Borut Pahor à la présidence de la République. Janša lui-même, ainsi que le chef de l’opposition et maire de Ljubljana, Zoran Janković, font l’objet d’une enquête pour corruption. A Maribor, 10 000 personnes sont descendues dans la rue le 3 décembre, pour demander la démission du maire, Franc Kangler.

 

Delo : la colère et le mécontentement social ont atteint le sommet depuis que Kangler, soupçonné de corruption et de clientélisme, a été élu au Sénat. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Les citoyens se sont insurgés contre les problèmes accumulés de la transition, des privatisations douteuses, de la corruption, des manquements de l’Etat de droit et de l’arbitraire de la classe politique.

 

Dnevnik : ce n’est pas la rue qui fait la loi, comme disent ceux qui veulent disqualifier les manifestants, mais les citoyens qui ont décidé de prendre la politique entre leurs mains, pas seulement à Maribor, mais dans tout le pays, à Ljubljana, Celje, Koper , Kranj, Novo Mesto ou Trbovlje, en signe de solidarité avec Maribor.

 

Jutarnji List : La Slovénie, citée depuis 20 ans comme exemple de réussite des pays en transition, est secouée par une crise profonde, le pays, dont le PIB a été un des plus élevé parmi les pays en transition, qui a adhéré l’UE en 2004 et introduit l’euro seulement 3 ans plus tard, suit désormais les traces de la Grèce et du Portugal. C’est la conséquence des réformes non abouties, des crédits que les banques, dont l’Etat est actionnaire majoritaire, accordaient selon les critères politiques et non pas économiques. Aujourd’hui les banques accumulent les dettes, et avoir un crédit est devenu aussi facile que de gagner au loto.

 

Vous constatez comme moi que les médias Slovènes (Večer, Delo, Dnevnik) et Croate (Jutarnji List) rapportent les faits sans chichis et finalement la Slovénie où la corruption fait la pluie et le beau temps semble être dotée d'une presse dont l'indépendance à de quoi rendre jaloux les Français...

 

 

L'exemple du voisin Croate

 

sanaderLes Slovènes envient aujourd’hui la Croatie qui a condamné pour corruption son ex-Premier ministre, Ivo Sanader, à une lourde peine de prison (dix ans en première instance).

Jutarnji list : Ce jugement envers celui qui a dirigé le gouvernement de 2003 à 2009 est un précédent historique. L’Etat de droit et la vox populi se sont finalement mis d’accord. Le verdict a confirmé ce que tout le monde savait : que la Croatie avait un Premier ministre et un pouvoir corrompus, prêts à vendre les intérêts vitaux de l’Etat pour une poignée de millions d’euros. Le renvoi de Sanader en prison devrait marquer la fin définitive d’un modèle de gangstérisme pour gouverner l’Etat. [...] C’est une bonne nouvelle pour l’image de la Croatie dans le monde, [car] la lutte contre la corruption a été l’une des principales conditions imposées à la Croatie pour son adhésion à l’UE. Sanader a été condamné pour avoir reçu 10 millions d’euros de la part de MOL, le consortium hongrois d’hydrocarbures, et 500 000 euros de la banque autrichienne Hypo Group Alpe Adria.

 

 

Le prince des ténèbres

 

JansaEn Slovénie, rien de tel. Si le Premier ministre, Janez Janša, surnommé « prince des ténèbres », accusé de corruption depuis plusieurs années, refuse d’abandonner son poste, pourquoi les autres le feraient-ils ?

Selon le journal Croate Novilist : Revenu au pouvoir en ayant perdu malgré tout les élections de 2011, ce vieux routier de la politique a solidement repris en main les manettes du pays et place ses fidèles aux postes-clé, à commencer par la justice et les services secrets. Devant l'épuration politique, l'Europe se tait et si Janša avait osé toucher à l’autonomie de la Banque centrale, l’Europe aurait hurlé, mais quand il s’agit d’épuration politique et de l’autonomie du Bureau de procureur d’Etat, elle s’en fiche.

 

 

Prenez en note, cela peut servir

 

Plusieurs maires slovènes ont déjà été condamnés pour leur mauvaise gestion des finances publiques, mais ils ignorent la justice. Certains députés, eux aussi condamnés, refusent de démissionner. L’élite politique slovène se moque des décisions de justice, les présentant comme faisant partie d’un complot politique. Tout cela, les Slovènes ne le supportent plus et ce qui vient de se passer dans la capitale et les principales villes du pays en est la preuve. Preuve également que le prix Nobel décerné à l'Europe est vraiment une fumisterie. Preuve enfin, qu'un sursaut du peuple est toujours possible... Vous me direz qu'en France nos politiques ne sont pas corrompus comme en Slovénie. Soit, vous me le dites, je l'entend et je ne suis pas obligé de le croire. Si vous me permettez de vous donner un conseil : En matière d'information, « apprenez à douter de tout ».

 

chris

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