Crise chypriote : Tout ça pour ça ?

Publié le par Christophe

Chypre1

 

Au moment de tirer les leçons de la crise chypriote j'ai envie de dire : Tout ça pour ça ?

L'on attendait un événement d'envergure comme :

La sortie de l’Europe et de l'euro de Chypre

Le sauvetage de Chypre par la Russie au nez et à la barbe de l’Europe

Des émeutes sans précédent dans la partie Sud (la partie nord étant envahie militairement par la Turquie depuis 1974) ce petit pays qui ne représente que 0,2% du PIB de la zone Euro et qui est peuplé de 770.000 habitants.

Il n'en a rien été et aussi vite que les Français ont découvert où se trouve cette petite nation européenne ceux ci l'ont placé aux oubliettes considérant que l'épisode Chypriote est clos.

Pourtant sans que la porté en soit mesurée à sa juste valeur, la crise de l’Euro est passée dans une phase supérieure en raison des mesures prises et de leurs conséquences pour la zone Euro.

Si l'on a fait tout ça, ce n'est pas pour rien... Cette crise a fait sauter le tabou d’une ponction sur les comptes bancaires et l’idée que Chypre constituait un cas exceptionnel, serai une belle erreur car des membres de la BCE ont validé cette idée de Jeroen Dijsselbloem le Président de l’Eurogroupe qui envisage très sérieusement de l'appliquer à d'autres pays Européens après l'essai Chypriote couronné de succès. La Slovénie qui demandera d’ici quelques semaines l’aide de la Troïka, transformera l'essai en pratique usuelle pendant que l'Espagne a cédé sans lutter.

 

 

Les étapes vers le racket

 

Début 2013 on nous annonce qu'il va falloir sauver Chypre de la crise.

 

Le 15 mars 2013, les ministres des finances des pays de la zone euro, les dirigeants de la Banque centrale européenne (BCE), et du Fonds monétaire international (FMI), sont réunis à Bruxelles pour travailler sur un plan d'aide à Chypre.

 

Le 16 mars 2013, les ministres des Finances de la zone euro annoncent, un plan de dix milliards d'euros pour Chypre qui espérait au moins 17 milliards d'aide.

 

Le 17 mars 2013, le parlement de Nicosie qui devait l'entériner au plus vite, repousse la réunion au lundi 18 mars en raison des contreparties demandées à Chypre. Des manifestations ont lieu, samedi 16, pour protester contre ce plan. De nombreux déposants mécontents ont fait état de leur intention de retirer leurs fonds des banques. Il se dit que la Russie pourrait participer au sauvetage du pays.

 

La solution trouvée est sans précédent dans un pays en temps de paix : En échange de 10 milliards d’euros d’aide, il a été décidé que l’ensemble de ceux qui détiennent un compte en banque à Chypre seraient taxés, nationaux comme résidents. Cette taxe irait de 6,75% pour les dépôts de moins de 100.000 euros, à près de 10% au-delà.

Selon certains chiffres, 45% des dépôts bancaires chypriotes appartiendraient à de gros investisseurs privés russes et c’est cet argent-là que l’Europe chercherait à mettre à contribution. Le risque d’un "bank run" généralisé fait son apparition.

 

lundi 18 mars 2013, devant le refus envisagé par le parlement Chypriote, La BCE indique que des amendements pourraient être apportés au plan d’aide à Chypre à condition que son financement soit assuré. Pour limiter l'impact de la taxe sur les petits déposants, les autorités de l'île introduiraient trois tranches de taxation: une pour les dépôts en dessous 100.000 euros, une pour ceux entre 100.000 et 500.000 euros, et une pour les comptes sur lesquels il y a plus que 500.000 euros. Le vote des députés sur ce texte, a été repoussé à mardi 19 mars 2013 et la solution trouvée pour venir en aide à Chypre ne plaît pas du tout à Moscou. Vladimir Poutine dénonce cette mesure « injuste » et « dangereuse ».

 

Mardi 18 mars 20130 le Parlement, où aucun parti ne dispose de la majorité absolue des 56 sièges, s'est prononcé contre le projet de loi par 36 voix contre et 19 abstentions. La décision d'exonérer les dépôts de moins de 20.000 euros n'aura pas suffi à convaincre les députés de voter le texte.

 

Les banques de l'île resteront closes jusqu'au mardi 26 mars, a indiqué, mercredi 20 mars, un porte-parole du gouvernement. Une décision prise pour éviter les retraits massifs de liquidités. Le gouvernement de Nicosie est toujours à la recherche d'un plan B.

 

Le jeudi 21 mars 2013, la BCE accepte encore d'accorder des liquidités aux banques chypriotes jusqu'à lundi 25 mars. Mais, passé ce délai, les établissements de l'île ne pourront bénéficier des fonds d'urgence de la BCE qu'à une condition: « qu'un plan d'aide de l'Union européenne et du FMI soit en place et permette d'assurer la solvabilité des banques chypriotes ».

 

Vendredi 22 mars 2013, Dimitri Medvedev l'assure,: « la Russie ne ferme pas la porte » à un soutien à Chypre. A l’issue d’une visite de deux jours du ministre des Finances de l'île, Moscou s’est montrée inflexible vis-à-vis de son partenaire aujourd'hui au bord de la banqueroute. Les sociétés russes ne sont pas intéressées par les propositions d'investissements dans les secteurs énergétique et bancaire, a indiqué le ministre russe des Finances, Anton Silouanov.

Dans le même temps, Bank of Cyprus, est la première banque du pays à plaider en faveur d'une taxe sur les dépôts bancaires supérieurs à 100.000 euros pour éviter la faillite et la sortie de la zone euro.

Le soir même, le Parlement chypriote, réuni en session extraordinaire, adopte une loi sur la restructuration du système bancaire. Le Parlement chypriote doit encore se prononcer sur cinq textes d’ici lundi, jour de la fin de l'ultimatum de l’Eurogroupe.

 

Les ministres des Finances de la zone euro qui se sont retrouvés dimanche soir 24 mars à Bruxelles, ont trouvé un accord avec Nicosie afin d'accorder 10 milliards d'euros d'aide financière à l'île permettant à Chypre d'éviter la banqueroute. La deuxième banque du pays, la Laiki Bank sera sacrifiée. Les autorités chypriotes vont mettre en place une restriction des mouvements de capitaux, pour éviter la fuite des capitaux, notamment russes et britanniques, jusque là placés à des taux très attrayants dans les banques chypriotes.

La banque centrale de Chypre a imposé le dimanche 24 mars 2013 un plafond de 100 euros pour les retraits quotidiens aux distributeurs des deux plus grandes banques du pays, et ce afin d'éviter une ruée aux guichets. Grande inconnue, la date de réouverture des banques. Cela devait être le mardi 26 mars. Finalement, cela sera « dès que possible »...

 

Lundi 25 mars 2013, Jeroen Dijsselbloem, le président de l'Eurogroupe déclare : « le plan de sauvetage élaboré pour Chypre représente un nouveau cadre de résolution des difficultés bancaires de la zone euro et d'autres pays pourraient devoir restructurer leur secteur bancaire ».

Devant un début de tollé, Jeroen Dijsselbloem, est vite revenu sur ses propos assurant que Chypre était un cas spécifique et que le plan de sauvetage élaboré dans la nuit ne saurait servir de modèle au règlement d'autres problèmes à l'avenir.

Dans le même temps la BCE lève son ultimatum et la Banque centrale de Chypre annonce que

Toutes les banques de Chypre resteront fermées jusqu'à jeudi 28 mars.

 

Le mardi 26 mars 2013, le président de Bank of Cyprus, principale banque du pays, est « démissionné ».

 

27 mars 2013. Chypre prépare la réouverture de ses banques après plus d'une semaine de rideau baissé. Mais si leurs clients pourront bien se présenter aux guichets, jeudi 28 mars, de 12h à 18h, leurs mouvements de capitaux seront strictement encadrés et limités.
Un décret valable pour sept jours a ainsi été publié. Il prévoit que les retraits en espèces aux guichets et aux distributeurs soient limités à 300 euros par jour, par personne et par banque.
En outre, les paiements et virements à l'étranger sont limités à 5.000 euros par mois, par personne et par banque. Et les voyageurs quittant l'île ne peuvent pas porter sur eux plus de 1.000 euros en espèces. Enfin il est interdit d'échanger des chèques contre du liquide.

 

28 mars 2013, les banques ouvrent sous haute surveillance policière. Aucun incident n'est à déplorer. Les chypriotes ont des billets de faux euros dans les mains, tout est calme...

 

 

Chypre - Russie

 

C’est en 2004 que Chypre a intégré l’Union Européenne (le pays étant le plus riche des nouveaux entrants à l’époque) puis en 2008 Chypre a intégré la zone euro. A ce moment l’île connaissait déjà des afflux de capitaux russes et la législation fiscale y était déjà sensiblement la même qu’aujourd’hui. Dans mon article « Limassolgrad » je vous ai parlé de la forte présence russe à Chypre.

D’après l’économiste Natalia Orlova, le montant des dépôts dans les banques chypriotes s’élève à 90 milliards d’euros (particuliers et entreprises) dont seulement 30% est détenu par des personnes (morales ou physiques) pas originaires de la zone Euro. Les dépôts russes à Chypre sont selon elles estimés à environ 20 milliards et 13 milliards correspondent à des dépôts grecs, britanniques mais aussi du Moyen-Orient. L’immatriculation de sociétés a en effet contribué à la fortune de Chypre, qui offre il est vrai un cadre légal et fiscal avantageux et très souple. De nombreuses sociétés se sont ainsi très logiquement et légalement domiciliées à Chypre, au sein de l’Union Européenne. Parmi elles de nombreuses sociétés russes ayant des activités économiques intenses avec l’UE, bénéficiant à Chypre d’un régime fiscal avantageux (I.S à 10%) et d’un traité de non double imposition leur permettant donc de rapatrier leurs profits en Russie sans être taxées deux fois.

En sanctionnant ainsi directement les actifs russes dans les banques de Chypre, c’est la Russie qui est directement visée et touchée. Les autorités russes ont qualifié ces mesures injustes et dangereuses. Des officiels russes ont même parlé d’une mesure de « type soviétique ».

 

 

Pourquoi les négociations russo-chypriotes n’ont pas aboutis ?

 

Il aurait fallu pour cela que Chypre quitte l’UE et rejoigne la Communauté économique eurasiatique

(CEEA) si ce pays tenait à bénéficier d'un soutien financier de la Russie selon Sergueï Glaziev, conseiller du président Poutine.

« Nous pourrions résoudre les problèmes de Chypre si ce pays se trouvait dans notre juridiction, si, par exemple, Chypre faisait partie de la Communauté économique eurasiatique. Ce pays pouvait alors recevoir des prêts, à l'instar du Tadjikistan, du Kirghizstan ou de la Biélorussie, à partir du Fonds anticrise de la CEEA. Mais maintenant, on exige que nous épaulions un pays en dehors de notre juridiction. (…) si le pays voulait effectivement bénéficier d'une assistance de la part de la Russie, il devrait rejoindre ses processus d'intégration ».

L'UE a tout fait pour maintenir Chypre dans la « famille ». A l'heure ou l'armée Européenne n'est qu'un rêve et ou les armées de l'Europe voient leur budget fondre comme neige au soleil, il n'est plus possible pour celles-ci d'engager de gros moyens qui coûtent chers en logistique et le nombre d'avions et de bateaux diminue. Oublié le deuxième porte avion français à l'heure ou l'on se demande si l'on ne va pas vendre le Charles de Gaule. Chypre est un porte avion naturel au cœur de la méditerranée et a quelques minutes de vols de la Syrie. Vous saisissez ? Les armées de l'OTAN sont d'ailleurs bien implantés sur l’île, à titre d'exemple, c'est ici que tous les militaires français qui sont retirés de l'Afghanistan s’arrêtent pour quelques jours de décompression avant leur retour en France.

 

 

Pourquoi les négociations russo-chypriotes n’ont pas totalement échoué ?

 

Chypre reste un maillon crucial pour la Russie dans le cadre de son implantation au Moyen-Orient, de son maintient en Méditerranée et dans le cadre de ses relations avec l’Occident.

Le conflit en Syrie vient d’entrer dans sa seconde année, et Il semble que l’objectif quasi obsessionnel de vouloir renverser le régime Assad, objectif partagé pour des raisons différentes tant par les nations occidentales que par certaines grandes puissances sunnites (monarchies du Golfe et de Turquie principalement) reste un objectif encore hors de portée pour l’instant.

Lorsque l’on évoque les raisons qui permettent à Assad et a son peuple de résister courageusement aux fascistes islamistes, le nom de la Russie ne met pas longtemps à arriver. Une victoire d’Assad verrait en effet la Russie conforter sa position dans la région. Par sa politique qui ne varie pas, la Russie apparaît en effet non seulement comme le protecteur du droit des minorités mais aussi comme le garant d’un droit international bafoué, comme ce fut le cas en Libye récemment.

Pour les mêmes raisons que celles évoquées concernant l'OTAN, « le porte avion naturel de la méditerranée », la Russie lorgne sur Chypre et sa piste d’atterrissage se trouvant a quelques minutes de vols de la base navale russe de Tartous en Syrie. Si Assad devait tomber et si les Russes étaient virés de Tartous, un replis sur Chypre permettrait de rester implanter dans la région...



Racket approuvé en France

 

La Troïka (BCE, FMI, UE) a choisi une mesure radicale pour récupérer la trésorerie nécessaire au renflouement des banques: le prélèvement de l’argent via une ponction obligatoire pour tous les détenteurs de comptes sur l’île. Une mesure sans précédent et vraisemblablement contraire à toutes les normes juridiques bancaires internationales. Peut importe, lorsqu'il s'agit de la cause de l'Europe tous les moyens sont bons y compris les plus douteux. La cause légalise de tout. Les bien-pensants ont largement justifiés ce racket fiscal imposé en affirmant qu’après tout on y prélevait de l’argent sale et russe, ou russe et donc sale, et que par conséquent la mesure était justifiée. Parmi les perles de la dictature facho-française on trouve en autres :

Marc Fiorentino pour qui il ne faut pas « s’emmerder avec ce pays (…) Dans lequel les gens ne payent pas leurs impôts (…) Et en frappant l’argent de la mafia russe ».

Pour Christophe Barbier la mesure vise « l’argent pas propre de Chypre ».

Dans l'émission « mots croisés », les politiques tiennent le même discours. Ainsi pour le Ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères Bernard Cazeneuve « il est normal que les oligarques russes payent », pour Alain Lamassoure « il est normal que la lessiveuse à laver l'argent sale qu'est Chypre soit arrêtée et que les oligarques russes payent » et pour Daniel Cohn-Bendit « qu'on taxe un oligarque russe ne va pas lui faire mal digérer ce qu'il a mangé ce soir ».

Enfin, François d’Aubert de la cour des comptes, affirme « qu’il n’y a pas de raison que le contribuable européen finance l’épargne des oligarques russes ».

 

 

Le test de l'Eurogroupe est concluant

 

Est-ce normal que des actifs étrangers légaux payent pour la crise grecque? Peut-on imaginer les sociétés françaises ou américaines de Russie se faire taxer 40% de leurs actifs pour payer la dette d’un pays qui au sein de l’Union Eurasiatique serait mal en point? On peut tenter d’imaginer la réaction américaine dans une telle situation.

Il aurai été possible pour Chypre de revenir à son ancienne devise, la livre chypriote et de faire la démonstration qu’une sortie de l'euro était techniquement possible sans drame ni crise apocalyptique. Mais l'Europe au travers de l'Eurogroupe voulait à tous prix empêcher cela afin de mettre en place son objectif réel :

Celui de prendre une mesure test sur un pays de petite taille et qui a sans doute servi de laboratoire. Déjà des « répliques » se font sentir et son annonciatrices du séïsme qui va secouer l'Europe monétaire. Ainsi en Espagne une nouvelle taxe sur les dépôts bancaires payée par les banques plutôt que les épargnants, va être introduite pour « remettre de l’ordre dans le système bancaire espagnol », selon la déclaration du ministre des Finances Cristóbal Montoro. Ce taux devrait s’établir entre 0,1 et 0,2% par dépôt bancaire et lever entre 1,5 et 3 milliards d’euros. La nouvelle mesure devrait entrer en vigueur dans les prochaines semaines. Nul doute que la liste va s’allonger.

 

 

Conclusion

 

A Chypre aujourd’hui, selon les derniers sondages, 67% des habitants souhaitent désormais que leur pays quitte la zone euro, l’UE, et se rapproche de la Russie, une position soutenue activement par l’église orthodoxe chypriote.

Ce n'est pas une surprise d'ajouter qu'à Chypre comme ailleurs en Europe on se moque de ce que veut le peuple. Une poignée de politiciens fous décident pour tous les autres.

La vrai nouveauté c'est la mise en place dans les têtes l'idée que prélever de l'argent sur les épargnants au moyen de nouvelles taxe n'est pas un scandale mais une chose naturelle puisque destinée à sauver l’Eurogroupe !

Un nouveau pas est franchi et cela en l'espace de 15 jours !

Oui. Tout ça pour ça !

 

chris

Publié dans Décryptage

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