Désirs d'indépendance

Publié le par Christophe

-europe-brisée

 

Vous savez très bien que l'Europe utilise les sentiments régionalistes pour affaiblir la souveraineté des états membres de l'UE. C'est une des voies que les bien-pensants de Bruxelles ont trouvé pour nous conduire vers l'Europe Fédérale. Nous vous avons déjà écrit sur le sujet, aussi nous ne nous étendrons pas davantage dessus...

 

Voyons plutôt comment ce travail porte ses fruits en regardant de plus près quelques candidats à l'indépendance. Puis nous verrons ensuite comment Bruxelles au lieu de se réjouir de la situation s'en inquiète à cause d'un élément auxquels les technocrates de l'UE n'avaient pas pensé.

 

La situation en Catalogne

 

independance-de-la-Catalogne« La Catalogne dit basta », titrait le quotidien La Vanguardia, au lendemain de la manifestation qui a réuni à Barcelone entre 600 000 et 1,5 million de personnes en faveur de l’indépendance de la région. Un rassemblement qui a eu lieu le 11 septembre, jour de la Diada, la fête nationale catalane. Sous le slogan « la Catalogne nouvel Etat de l’Europe », les manifestants on lancé un « nouveau défi » à Mariano Rajoy.

http://www.presseurop.eu/fr/content/news-brief/2680181-les-catalans-montrent-leurs-muscles-madrid

 

La région la plus riche, mais la plus endettée, du royaume revendique le droit de moins payer pour un Etat criblé de dettes, et agite le spectre de son indépendance. A Bruxelles, cette nouvelle provoque inquiétude et scepticisme.

http://www.presseurop.eu/fr/content/article/2749251-la-catalogne-un-nouveau-souci-pour-l-ue

 

Bruxelles observe ce débat avec désarroi : « La Catalogne est une source supplémentaire de préoccupation. L’Espagne a déjà de nombreux problèmes et voilà que l’une des communautés autonomes les plus riches doit réclamer un plan de sauvetage à l’Etat. Quasiment en même temps, cette région menace de prendre son indépendance et propose un bien mal nommé pacte fiscal qui, en fin de compte, consiste à réduire les ressources remises aux caisses de l’Etat, maintenant que la santé des comptes publics se dégrade », affirme un diplomate.

 

Des politiques catalans demandent même à l'UE d'empêcher « une intervention militaire » espagnole. Trois euro deputés catalans ont écrit une lettre à Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne, dans laquelle ils assurent que des militaires espagnols « préparent déjà une possible intervention militaire » en Catalogne, en cas d’une hypothétique indépendance de la région. Ils demandent à Viviane Reding, la commissaire en charge de la Justice, des Droits fondamentaux et des Citoyens, d’étudier la « suspension du droit de vote » de l’Espagne au sein du Conseil européen. Le quotidien dénonce « une action inédite dans la démocratie espagnole » , fruit de la « ridicule manie de la persécution du nationalisme ».

http://www.presseurop.eu/fr/content/todays-front-pages/2932341-les-titres-du-jour

Article original – El Mundo

 

 

La situation en Ecosse

 

scotland-s-first-minister-salmondL'Ecosse, comme la Catalogne ou l’auto-proclamée Padanie parlent désormais ouvertement de leur indépendance.

http://www.presseurop.eu/fr/content/article/1665681-independantistes-sous-la-banniere-europeenne

Les Ecossais évoquent de plus en plus ouvertement un Etat souverain et ils ont obtenu que soit organisé un référendum sur l’indépendance en 2014.

Quelle sorte de référendum ?

Le 8 janvier dernier, le Premier ministre David Cameron a déclaré que son gouvernement donnerait à Holyrood (le Parlement écossais), le droit d'organiser un référendum sur l'indépendance, à condition que ce dernier se cantonne à une simple question : pour ou contre l'indépendance totale de l'Ecosse.

Deux jours plus tard, le premier ministre écossais Alex Salmond, annonçait son intention d'organiser un référendum à l'automne 2014.

Une serie de clashs entre Holyrood et Londres sur la rédaction du référendum est désormais inévitable. Salmond a insinué qu'il pourrait poser davantage qu'une seule question aux électeurs écossais, l'indépendance totale ou le "devo max" qui laisserait les seules politiques de Défense et Etrangère aux mains du gouvernement britannique.

Westminster redoute que le soutient au "devo max" sera plus difficile à contrecarrer car cette proposition divisera le vote unioniste et séduira ceux qui n'acceptent pas l'indépendance totale.

 

 

Le référendum ce n'est pas la potion magique

 

http://www.presseurop.eu/fr/content/article/2883131-le-fruit-defendu-de-l-independance

référendumLe Premier ministre britannique a consenti à la tenue d’un référendum sur l’indépendance de l’Ecosse en 2014, mais l’Espagne a décidé qu’un vote similaire pour la Catalogne serait inconstitutionnel. une décision politique mûrement réfléchie dans le premier cas, et à un risque d'aggravation des revendications séparatistes dans le second.

 

Le 15 octobre, il a été confirmé qu’en 2014, l’Ecosse organisera un référendum sur son indépendance. La Generalitat (siège du gouvernement régional catalan) rêve de pouvoir en faire autant, mais le gouvernement central espagnol s’y oppose catégoriquement.

 

L’Espagne tente de contrecarrer le mouvement séparatiste catalan en s’appuyant sur un cercle vicieux juridique. Selon Madrid, les nationalistes de la communauté autonome doivent respecter la constitution espagnole et ce texte interdit la tenue d’un référendum sur l’indépendance.

Les Britanniques, de leur côté, ont choisi une approche qui est à la fois plus pragmatique et plus audacieuse. David Cameron, le Premier ministre, aurait très bien pu s’obstiner à dire que seul le gouvernement britannique peut organiser un référendum, d’après la loi. Au lieu de ça, il a pris le parti d’autoriser les Ecossais à décider de l’avenir de leur nation, à condition que la souveraineté soit la seule question en jeu.

 

 

Catalans et Écossais opportunistes

 

Les nationalistes écossais et catalans se sont tous servis de l’UE pour appuyer leur dossier en faveur de l’indépendance. Ils sont convaincus qu’ils n’ont pas à craindre l’isolement, puisque les deux nouvelles nations feraient partie du grand club européen : elles pourraient ainsi associer leur indépendance à la sécurité d’une adhésion à l’UE.

Certains intellectuels écossais font également valoir que l’hostilité à l’égard de l’UE est un vice spécifique aux Anglais et que les Ecossais sont loin d’être aussi chauvins. Cette idée fait son chemin à Bruxelles, où certains se plaisent à imaginer que les Anglais pourraient être punis de leur euroscepticisme par la sécession écossaise.

La crise économique que traverse la zone euro a conduit les nationalistes d’Edimbourg à minimiser l’atout Europe au cours de leur campagne. Actuellement, ils affirment qu’une Ecosse indépendante ne viserait pas immédiatement à rejoindre la zone euro. La livre resterait sa monnaie et le pays continuerait d’utiliser les billets écossais.

L’Espagne, en revanche, se trouve en plein cœur de la crise de l’euro, le reste de l’UE fait donc bonne figure en comparaison. La plupart des nationalistes catalans maintiennent que leur nouvelle nation ne chercherait pas à abandonner la monnaie unique.

 

 

Comparaison entre la Belgique et la Tchécoslovaquie

 

http://www.presseurop.eu/fr/content/news-brief/2883031-un-symptome-de-la-crise-de-la-dette

drapeaubelgeIl n’y a pas qu’en Catalogne ou en Ecosse que les poussées séparatistes se font sentir. La victoire des nationalistes flamands de Bart De Wever aux élections locales du 14 octobre « est plus qu'un avertissement pour la Belgique. C'est un véritable avertissement pour toute l'Europe », écrit ainsi » le quotidien économique français La Tribune :

http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20121015trib000724969/la-crise-de-la-dette-redessine-la-carte-de-l-europe.html

 

En 1992, la Tchécoslovaquie s’est divisée de façon pacifique, et aujourd’hui, Tchèques et Slovaques ne regrettent pas ce choix. Pourquoi dès lors ne pas appliquer le même procédé à la Belgique ?, propose le correspondant du Volkskrant en Europe centrale et orientale.

http://www.presseurop.eu/fr/content/article/727891-pour-une-separation-de-velours

 

Parfois il est tout simplement impossible de faire autrement. On peut alors se demander s’il ne vaudrait pas mieux se quitter en bons amis plutôt que de continuer à se battre jusqu’au moment où les conséquences deviennent imprévisibles. Comme dans la plupart des mariages, rien ne permettait de prévoir une séparation, dans le cas de la Belgique. Les nationalistes flamands auront beau prétendre le contraire, mais lors de sa création, la Belgique était tout sauf un pays artificiel.

 

Même si une solution est trouvée, cela ne fera que reporter le problème à la prochaine crise. L’exemple de la Tchécoslovaquie montre qu’il vaut mieux, en pareil cas, se séparer. Dans ce pays-là aussi, tout le monde se demandait pourquoi il fallait absolument que ce pays se sépare. Tout comme les Flamands et les Wallons, les Tchèques et les Slovaques semblaient destinés à rester éternellement ensemble.

Contrairement aux Flamands et aux Wallons, les habitants de la Tchécoslovaquie parlaient plus ou moins la même langue; la situation belge leur était étrangère.

 

Aujourd’hui, ils ne regrettent pas cette séparation et ce sont surtout leurs relations mutuelles qui ont tiré parti. Elles sont actuellement bien meilleures que lorsque les Tchèques et les Slovaques étaient compatriotes. La séparation de velours devrait donc être un exemple pour la Belgique, où les problèmes communautaires sont bien plus exacerbés que dans l’ancienne Tchécoslovaquie.

 

 

Un dessin vaut un discours

 

Un dessin de Tom Janssen, dessinateur de presse néerlandais qui travaille pour le quotidien Trouw, et pour plusieurs journaux locaux. Ses dessins sont publiés également par The International Herald Tribune, Time Magazine, Le Monde et The New York Times. En 2006, il a reçu le troisième prix du World Press Cartoon.

http://www.presseurop.eu/fr/content/cartoon/2921141-vers-la-sortie

 

Il résume très bien la situation coquasse des ses régions qui font tant d'efforts pour obtenir l'indépendance et qui une fois devenues nations seront sous la chape de l'Europe avec moins de liberté par rapport au temps où elle était régions aux traditions respectés et faisant partie intégrante d'un état solidaire.

 

 cartoon janssen

 

Sur les valises : "Ecosse", "Catalogne", "Flandre".

Au-dessus de la porte : "Sortie". Sur la porte : "Entrée. UE".

 

 

L'argument qui tue

 

arroseur arroséTout comme l'enfant qui joue avec des allumettes, les « plus forts que tous » de l'UE se sont brûlé avec. La Catalogne et l'Ecosse ont trouvé l'argument qui tu !

En négociant avec les autorités étatiques, les séparatistes n'hésitent pas à s'appuyer sur une argumentation pro-européenne bien ficelée. Ils défendent la thèse selon laquelle l'indépendance de la Catalogne, du Pays basque, ou de l'Ecosse ne mettrait nullement à mal la nation espagnole ou britannique, puisque la fédéralisation de l'Union va de toutes manières réduire le rôle des Etats-nations.

Si les capitales cèdent chaque année un peu plus de pouvoir à la Commission européenne, pourquoi ne pas en donner un peu également à Edimbourg et à Barcelone ?

 

Avec cette rhétorique euro-enthousiaste, les séparatistes ont trouvé la bonne parade pour effacer l'étiquette de dangereux et irresponsables fanatiques qui leur collait à la peau. Dans ces conditions, le pouvoir central peine à dénoncer les thèses séparatistes, ce qui les amènerait à s'attaquer aux idées dont ils ont pourtant fait l'éloge.

 

C'est l'arroseur arrosé !

 

 

chris


 

 

 

 

 

Publié dans Décryptage

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