La messe pas très orthodoxe de Bârlad

Publié le par Christophe

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Des centaines de Roumains ont manifesté le 4 avril 2013 dans une vingtaine de villes du pays, à l’occasion de la « Journée nationale de lutte contre l’exploitation des gaz de schiste ». A Bârlad, une ville désindustrialisée et appauvrie de 60.000 habitants, foyer de la contestation nationale, c’est dans une église que les citoyens se sont retrouvés pour une messe pas très orthodoxe durant laquelle la foi a été supplanté par l'hostilité envers la société Américaine voulant commencer l'exploitation. La solidarité des Roumains et l'amour de leur terre se montre pour l'instant plus fort que le profit et cela dans un pays qui est pourtant l'un des plus pauvre de l'union européenne. Conscient du danger les habitants de Bârlad n'ont pas du tout l'intention de servir de cobayes alors que leur Premier ministre Victor Ponta semble les trahir en s'étant récemment prononcé en faveur de ce type d’exploitation bien qu'il s'y soit opposé jusqu'à présent. Les dollars Américains ont-ils eu raison de l'amour du pays ?

 

 

Des dangers connus

 

Il y a peu, dans un article, je vous ai expliqué comment aux Pays-Bas l'exploitation du gaz naturel s'avère catastrophique en provoquant des tremblements de terre de plus en plus fréquents et de plus en plus intenses à proximité des forages dans le nord du pays. Dans ces villes où les murs se fissurent, selon les prévisions, le sous-sol devrait continuer à s’agiter pendant plus d’une cinquantaine d’années. Rien qu'avec cela il y a de quoi se poser des questions sur le bien fondé de cette exploitation qui rentable aujourd'hui risque fort de présenter une facture qui fera piquer les yeux dans quelques décennies. Dans le même article j'évoquais les dangers de l'exploitation du gaz de schiste par fracturation hydraulique qui auraient des impacts néfastes sur l’environnement et la santé humaine bien plus graves que l'exploitation du gaz naturel.

 

 

Des dangers évitables et inutiles en Roumanie

 

Le gaz de schiste suscite de vives controverses en Roumanie, comme ailleurs dans le monde. Les militants pro-environnement craignent que la méthode d’extraction présente un risque accru de pollution des nappes phréatiques. De plus, selon plusieurs études scientifiques, la fracturation hydraulique peut générer les tremblements de terre. Ce risque est d’autant plus inquiétant que la zone visée par Chevron (société américaine) se trouve à quelques dizaines de kilomètres d’une région séismique active. En Roumanie, l’exploitation du gaz de schiste est encore considérée pour l’instant comme inutile, étant donné que le pays dispose d’importants gisements de gaz naturel, notamment en Transylvanie et sur le plateau continental. Par ailleurs, le profit que pourrait tirer la communauté locale de Bârlad du contrat passé entre l’État et Chevron reste inconnu, car les dispositions contractuelles demeurent secrètes.

 

 

Chevron

 

La société américaine Chevron avait décidé d’entamer l’exploration des gaz de schiste dès le deuxième semestre de l’année en cours dans l’Est de la Roumanie. La compagnie américaine serait prête à investir des dizaines de millions de dollars dans les infrastructures locales ainsi que dans le développement si les gisements s’avèrent exploitables.Cette compagnie possède trois autres concessions au bord de la Mer noire, et elle attend le feu vert du gouvernement pour commencer la prospection. Cependant, la Roumanie ne dispose pas de cadre légal pour exploiter ce type de gaz, et c’est ce vide juridique qui sert d’argument aux uns comme aux autres.Cet hiver, un référendum local avait été organisé dans la région de Constansa, sur le littoral de la Mer Noire. Près de 80% de la population s’était opposé à l’exploitation du gaz de schiste, jugeant que les travaux pourraient chasser les touristes, qui rapporte une partie substantielle à l’économie locale. Ce référendum n’avait toutefois qu’un pouvoir « consultatif », cette région n’est donc pas à l’abri d’une éventuelle décision favorable à l’égard de l’ouverture de l’exploitation.

 

 

Une vive opposition en Roumanie

 

Près de 8.000 personnes avait manifesté à Bârlad, le 27 février 2013. « Chevron go home », proclamaient les pancartes des protestataires, qui demandent être consultés avant l’ouverture des chantiers au cour d'une mobilisation civique sans précédent.

Sources : ici et ici et encore ici.

Dans mon précédent article, j'évoquais les péripéties autour du gaz de schiste en Roumanie. Moscou tenterai de bloquer l’exploitation du gaz de schiste roumain, qui réduirait la dépendance énergétique de la Roumanie et de l’Union européenne vis-à-vis de la Russie et inciterai les Roumains à protester contre les forages à Bârlad. Difficile de dire si les manifestants sont manipulés par les Russes mais des centaines de Roumains ont manifesté à nouveau le 4 avril dernier dans une vingtaine de villes du pays, à l’occasion de la « Journée nationale de lutte contre l’exploitation des gaz de schiste ».

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La petite église Saint-Ilie de Bârlad, en Moldavie roumaine, dans l’est du pays, n’était pas assez grande pour accueillir les 800 fidèles de la ville et des alentours, venus écouter la messe de ce 4 avril. Une église, un endroit étrange pour lutter contre l’exploitation des gaz de schiste. Mais c’est le dernier refuge où les habitants de Bârlad ont pu faire entendre leur voix, la mairie ayant refusé d’autoriser la manifestation. C’est le groupe d’initiative citoyenne de Bârlad, composé de l’archiprêtre, d’une notaire, de deux géologues, d’un ancien militaire et de plusieurs ingénieurs, qui avait choisi cette date pour marquer le premier anniversaire de la mobilisation contre le projet d’exploitation des gaz de schiste par la fracturation hydraulique.

D’autres manifestants se sont massés devant l’église, avec pancartes et bannières.

« En ce moment, nous sommes extrêmement vigilants », explique l’archiprêtre Vasile Laiu, à l’issue la messe. « Avant de commencer la phase de prospection, Chevron a encore besoin de deux avis, l’un concernant l’environnement et l’autre, l’eau. Nous serons donc très attentifs à la manière dont ces avis seront accordés ».

 

 

Bruxelles semble leur donner raison

 

Suite au conseil des ministres de l’Environnement et du climat du 27 mars, les commissaires européens au Climat, Connie Hedegaard, et à l’Energie, Günther Oettinger, ont freiné l’enthousiasme de certains Etats membres vis-à-vis de l’exploitation du gaz de schiste, dont l’Europe recèlerait des réserves considérables.

Si certains pays (France, Bulgarie) ont imposé un moratoire, d’autres (Royaume-Uni, Pologne) ont entamé l’exploration de leurs gisements. La Commission européenne compte mettre en place d’ici la fin de l'année un cadre politique pour réglementer l’extraction du gaz de schiste dans les Etats membres qui souhaitent s’y mettre.

 

 

NDLR

 

Pourvu que les Roumains résistent ! S'ils décident de rejoindre la Pologne dans l'exploitation du gaz de schiste ils sortiront ce pays de son isolement sur le sujet et d'autres pays comme l'Espagne pourraient alors suivre. Si l'on me prouve que l'extraction de ce gaz est sans danger, je serai pour. Mais en attendant je crois que la prudence s'impose. Tiens donc, pour le coup les citoyens Roumains sont beaucoup citoyens européens de papier...

 

chris 

Publié dans Décryptage

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