Nigel & Ralitsa

Publié le par Christophe

nigel et ralitsa

 

C'est l'histoire d'une correspondance entre deux personnes qui a priori n'aurait jamais due avoir lieu. Totalement improbable, cet échange de courrier entre Nigel Farage, le député Européen, chef du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP) et Ralitsa Behar une anonyme Bulgare de Sofia a été provoqué par un événement prévu pour janvier 2014.

 

Génèse

 

Alors que les restrictions à l'immigration des ressortissants roumains et bulgares devraient être levées en 2014, certains ministres britanniques envisagent de lancer une campagne pour éviter une vague d'immigration.

Au Royaume-Uni, on s'attend déjà à un nouvel afflux d'immigrants semblable à celui de 2004, lorsque les citoyens des huit pays dits "A8" (République Tchèque, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Slovaquie, Slovénie) ont obtenu le droit de voyager et de travailler sur tout le territoire de l'Union. Sur son site Internet, l'UKIP a lancé un compte à rebours jusqu'au jour où, ainsi que le Telegraph l'a écrit : « 29 millions de Roumains et de Bulgares pourront venir vivre et travailler au Royaume-Uni sans restriction ».

« S’il vous plaît, ne venez pas en Grande-Bretagne, il pleut et les emplois sont rares et mal payés », annonce The Guardian, résumant ainsi un projet gouvernemental actuellement à l’étude pour lancer une campagne publicitaire négative en Bulgarie et en Roumanie afin de dissuader les candidats à l’immigration qui pourront rejoindre le Royaume-Uni à partir de 2014.

Le "raz de marée" en provenance de Bulgarie et de Roumanie annoncé par Nigel Farage après l’ouverture, en 2014, du marché du travail britannique à leurs ressortissants a suscité des réactions à Sofia. Une jeune femme qui a fait ses études à Édimbourg a pris sa plume pour répondre au leader eurosceptique anglais. Nigel Farage, lui à répondu et ce sont les deux lettres que je vous propose en lecture...

 


Cher Monsieur Farage…,

 

ralitsaJ'ai décidé de prendre la plume parce que j'ai été franchement surprise par vos déclarations sur les immigrés bulgares et roumains. Tout d’abord, je tiens à me présenter : je m'appelle Ralitsa Behar et je suis Bulgare. Je suis diplômée de l'Université d’Édimbourg où j'ai séjourné pendant quatre ans. J'ai décidé de rentrer en Bulgarie pour réussir ma carrière professionnelle. Mais les liens forts que je garde avec la Grande-Bretagne ont motivé la rédaction de cette lettre. Même si j'essaie de comprendre vos préoccupations sur l'immigration, je dois vous dire que vos commentaires sur la Bulgarie sont faux et, en grande partie, insultants. Ils confirment mon sentiment que les Britanniques et, au-delà, les Occidentaux, ont une vision erronée de l'Europe de l'Est.

Je tiens à préciser que je suis bien consciente que les choses ne vont pas aussi bien que je l’aurais souhaité en Bulgarie. Je ne vis pas dans une bulle et je vois bien les problèmes que posent nos hommes politiques, notre système judiciaire, éducatif et de santé. Malgré tout, je ne suis pas d'accord avec vous et je tiens à vous le faire savoir. Commençons par les erreurs factuelles.

Selon vous, le salaire moyen en Bulgarie s'élève à 200 euros par mois. Si j'en crois l'Institut national de statistiques, il serait plutôt de 754 levas, soit 385,5 euros, – quasiment le double de ce que vous indiquez. Selon vous, la retraite moyenne en Bulgarie est de 100 euros par mois, or elle est 138 euros. Vous affirmez également que près de 50 % des Bulgares vivent sous le seuil de la pauvreté, mais c'est également faux : selon les statistiques, ce chiffre s'élève à 27 %, soit presque deux fois moins.

J'ai été particulièrement étonnée d'entendre de votre bouche autant de fausses informations, parce que j'étais persuadée qu'un homme politique de votre rang aurait pris la peine de vérifier l’actualité de ces chiffres d'actualité. On peut facilement le faire en ligne, et ces informations existent en anglais.

Mais ce n'est pas la seule raison de ma préoccupation. Je crois que des affirmations du type "Si j'étais Bulgare, j'aurais déjà fait mes bagages pour venir vivre en Grande-Bretagne", sont complètement inappropriées. Et comme vous avez choisi de vous focaliser sur mon pays, je tiens à vous faire partager les raisons de faire exactement le contraire de ce que vous affirmez. Oui, j'ai fait mes bagages mais pour venir vivre en Bulgarie.

Pourquoi ? Premièrement, parce que la Bulgarie est en pays au potentiel incroyable. Je pense sincèrement que tous les jeunes Bulgares qui font leurs études à l'étranger devraient se réaliser professionnellement ici. Avec un diplôme d'une université étrangère en poche, j'ai réalisé que mes connaissances seront beaucoup plus utiles à mon pays qu'à la Grande-Bretagne. Après tout, nous sommes le futur de ce pays et la clef de voûte de son développement ! Par ailleurs, mes connaissances seront bien mieux appréciées ici qu'à Londres. Vous conviendrez qu'il existe une concurrence féroce sur le marché de travail en Grande-Bretagne et qu'il est parfois très difficile, y compris pour des jeunes issus des meilleures universités, d'y trouver un débouché professionnel. Ce n'est pas le cas en ici.

En Bulgarie, de surcroît, il est beaucoup plus simple de faire des affaires. A Édimbourg, j'ai écrit mon mémoire de maîtrise sur le modèle du "business familial" qui s'est installé dans le pays depuis la chute du communisme en 1989. Une des conclusions de mon étude, est que de nombreuses personnes veulent toujours y créer des PME pour la simple et bonne raison que notre pays pratique l’impôt sur le revenu le plus bas de toute l'Union européenne, soit 10 %. Aussi, il est très facile de lancer une entreprise en Bulgarie, car le capital de base est d'un euro.

Je tiens aussi à vous préciser que tous les Bulgares, et probablement les Roumains, qui viennent dans votre pays ne sont pas des "travailleurs non qualifiés”, et quand bien même ils le seraient, ils contribueraient aussi au développement de votre économie.

J'aimerais saisir cette occasion pour vous inviter en Bulgarie. Vous serez l'hôte de ma famille et on fera de notre mieux pour vous expliquer combien notre pays a changé ces 20 dernières années et tenter de vous convaincre du formidable potentiel que nous représentons aujourd'hui.

Pour conclure, je tiens à souligner que j'ai rédigé cette lettre avec mes meilleurs sentiments. J'espère avoir contribué à éclaircir le sujet des immigrés bulgares que vous avez soulevé et je vous serais reconnaissante de me répondre.

Ralitsa Behar

Source : http://www.novinite.com/view_news.php?id=147311

 


Chère Ralitsa,

 

-nigel-farageMerci pour votre charmante lettre et votre invitation à visiter votre pays. Dans l’impossibilité de m’y rendre comme je le voulais, j’y ai délégué mon suppléant, le député européen Paul Nuttall.

Je suis content que mes commentaires aient suscité un débat en Bulgarie, un pays fier, riche d’une population instruite et digne d’admiration.

Vous avez le droit d’aimer votre pays, la Bulgarie, comme j’aime le mien, le Royaume-Uni. J’aime mon pays, mais cela ne veut pas dire que je hais le vôtre. Je connais de nombreux Bulgares formidables et je n’ai aucune envie de détester, ni de dénigrer le merveilleux peuple bulgare.

De fait, je suis ravi d’accueillir le député européen bulgare Slavi Binev au sein du groupe au Parlement européen dont je suis membre.

Je suis sûr que vous conviendrez que nombre de Bulgares ont quitté, de leur propre volonté ou sous la pression des difficultés économiques, le pays qu’ils aiment pour ne jamais plus retourner y vivre. Aussi, vous représentez un cas tout à fait exceptionnel, en ce sens que vous pouvez choisir de revenir dans votre patrie et de vous retrouver parmi les vôtres — votre famille, vos amis.

Après l’adhésion d’un certain nombre d’États européens en 2004, plus d’un million de leurs ressortissants sont venus vivre en Grande-Bretagne (et pour beaucoup d’entre eux, y travailler). Comme vous pouvez l’imaginer et sans nul doute constaté, l’arrivée massive d’immigrés sur une courte période a pesé lourdement sur nos systèmes de santé et de protection sociale financés par l’argent du contribuable, et créé d’énormes besoins de logements.

Soyez assurée que le Parti pour l’Indépendance du Royaume-Uni UKIP est vigoureusement opposé au racisme et à l’intolérance religieuse. Mais cette question d’immigration de masse n’a rien à voir avec la race ou la religion. C’est une simple question économique. Le Royaume-Uni ne peut pas se permettre d’accueillir toutes les personnes qui souhaitent s’installer sur son sol.

Je suis sûr que les Bulgares aiment leur pays. Que penserait votre peuple si, à l’adhésion de, disons, la Turquie à l’Union européenne dans un avenir proche, un million d’immigrés turcs décident de vivre en Bulgarie ? Je ne pense pas qu’il aimerait cela.

Si je dis, en simplifiant et sans doute à tort, que la pension de retraite en Bulgarie est de 100 ou 138 euros par mois, cela ne veut pas dire grand-chose dans l’absolu. Par rapport à une grande partie de l’Europe occidentale, la Bulgarie est un pays bien plus pauvre. Lorsque les frontières s’ouvrent et qu’il existe de grands écarts en matière de richesses comme de perspectives d‘avenir entre deux pays, on assiste généralement à un phénomène d’émigration à grande échelle vers celui qui est le plus prospère. C’est un fait et c’est ce que connaît incontestablement le Royaume-Uni depuis 2004.

Dans votre lettre, vous survolez très rapidement d’importantes questions. Vous écrivez:“Je comprends nos problèmes avec notre gouvernement, notre justice, notre enseignement et notre système de santé”.

Je salue le peuple bulgare pour avoir brisé les chaînes de la dictature communiste et adopté une nouvelle constitution en 1991. Je le dis en tant qu’ami sincère du peuple bulgare, un ami qui lui souhaite prospérité et liberté.

Ce n’est pas moi, mais la Commission européenne, qui a fréquemment critiqué la classe politique bulgare pour sa corruption. Franz-Herman Bruener, directeur général de l'Office européen de lutte antifraude (OLAF), a prévenu dans un rapport que des “forces influentes au sein de l’administration et des agences officielles n’ont pas intérêt à voir qui que ce soit puni, parmi la pègre”. Le rapport d’étape de la Commission européenne sur l’adhésion de la Bulgarie (18 juillet 2012) a souligné l’absence de résultats probants pour les efforts de Sofia en vue de mettre un terme à la corruption dans les plus hautes sphères de l’État et au crime organisé.

C’est parce que je veux que la Bulgarie soit prospère et libre, que je veux vous parler franchement, comme un ami sincère. La raison pour laquelle beaucoup de Bulgares sont pauvres réside dans le fait que la classe politique s’enrichit aux dépens du peuple.

Le député européen Slavi Binev m’a assuré que ce dont la Bulgarie a besoin pour prospérer, ce sont la liberté d’expression, la liberté de presse, la liberté de créer et de gérer une entreprise sans manipulation, une justice indépendante, mais aussi que les politiques cessent d’acheter les voix avec des promesses trompeuses. Je suis entièrement d’accord avec lui.

Pour la Bulgarie, une émigration en masse aura pour conséquence une énorme fuite des cerveaux, quand vos jeunes les plus brillants et les mieux instruits s’en iront pour l’Europe de l’Ouest et que votre pays en sera d’autant plus appauvri. Regardez ce qui s’est passé dans les États comme la Lettonie, où de nombreuses villes ont été vidées de leur jeunesse talentueuse et dynamique. L’émigration massive est mauvaise pour vous, mais également pour nous, au Royaume-Uni.

Il est bien normal, et rationnel, que de nombreux Bulgares aspirent à une vie meilleure, mais l’émigration de masse, de la Bulgarie vers le Royaume-Uni, ne constitue pas la réponse. La solution, c’est de mettre fin à la corruption politique dans votre pays bien-aimé.

Sincèrement vôtre, dans la solidarité et la liberté.

Nigel Farage, député européen

Source : http://www.novinite.com/view_news.php?id=147626

 


NDRL

Peut-être que cette correspondance n'a pas été d'un intérêt formidable pour vous tous. Mais j'ai voulu mettre un coup de projecteur sur Nigel Farage et Ralitsa Behar, cette jeune Bulgare, qui a interpellé avec beaucoup de talent mon député Européen préféré. Je ne me lasse pas de ses interventions au parlement Européen au cours desquelles il interpelle ceux qui font notre malheur !

Allez, c'est cadeau : https://www.youtube.com/watch?v=chUxuCWYfTQ

 chris

 

Publié dans Humour

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