Normal 1er au bled (Histoire des rapports France-Algérie 3/3)

Publié le par Christophe

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« Histoire des rapports France-Algérie ou l’infamie d’une repentance illégitime » 3/3

Par François Préval, docteur en Histoire. Préface d’Éric Martin.

http://www.ndf.fr/poing-de-vue/27-10-2012/histoire-des-rapports-france-algerie-ou-linfamie-dune-repentance-illegitime-33

 

François Hollande l’avait promis dans son programme, il l’a fait, il a condamné solennellement la répression de la manifestation FLN du 17 octobre 1961. Avec moult trémolos et solennités, le chef de l’État fraîchement élu a, avec la bénédiction des grands médias, des élites gauchistes et des associations stipendiées, flétri l’action de la France et rendu hommage à ses ennemis. Encore une fois, nous avons versé dans la repentance la plus honteuse et la plus injustifiée et, encore une fois, tout le monde (ou presque) a accepté que soit salie la France et son histoire. Cet acte de repentance n’a pourtant absolument pas lieu d’être, non seulement parce qu’il repose sur des mensonges avérés (nous y reviendrons plus en détail) mais aussi parce qu’il fait totalement abstraction d’un contexte propre très particulier, celui de la Guerre d’Algérie. Il importe de connaître réellement cette période de notre histoire ainsi que celles qui l’ont précédées, celle des attaques des pirates barbaresques qui écumèrent l’Europe côtière jusqu’au XIXe siècle et bien sûr celle de la période coloniale française de l’Algérie…

Éric Martin.

 

 

III – 1954-1962 : la réalité de la Guerre d’Algérie

 

Lorsque le 1er novembre 1954, les dirigeants du Front de libération nationale (FLN) lancent l’insurrection, ils ne sont qu’une poignée (moins d’une centaine) et ont face à eux une nation et une armée bien décidées à les réprimer. La classe politique française est alors unanime : le président du Conseil, Pierre Mendès France, déclare à l’Assemblée nationale : « Il n’y aura aucun ménagement contre la sédition, aucun compromis avec elle, chacun ici et là-bas doit le savoir. À la volonté criminelle de quelques hommes doit répondre une répression sans faiblesse car elle est sans injustice. On ne transige pas lorsqu’il s’agit de défendre la paix intérieure de la Nation, l’unité, l’intégrité de la République ». François Mitterrand, alors ministre de la Justice affirme, quant à lui, que « l’Algérie, c’est la France ». L’armée verra ses effectifs passer de 56 000 à 83 000 en 1955 avant de voire le contingent rappelé en février 1956. La France restera toujours dominante sur terrain, mais du fait de l’internationalisation du conflit (la question est portée à l’ONU en 1956), des ambitions européennes de la France peu compatibles avec le maintien de l’empire colonial et de l’opposition à la présence française des deux supergrands américain et soviétique, il apparaît évident qu’elle ne peut gérer ce conflit.

 

Sur le terrain, l’armée française se bat contre les maquisards et les poseurs de bombes du FLN, que ce soit dans les djebbels ou durant la bataille d’Alger de 1957. Bien sûr, des méthodes d’interrogatoire poussé et même des actes de torture sont commis en vue d’obtenir des informations, des populations sont déplacées et internées arbitrairement, des bavures de soldats ont lieu, mais ces actes n’étaient pas généralisés ni encouragés par la hiérarchie militaire et, surtout, n’avaient pas vocation à faire souffrir sciemment les prisonniers fellaghas. Parallèlement à son action de répression, l’armée française pratique une œuvre sociale, ouvrant de nouvelles routes, relogeant des populations, organisant des écoles et des hôpitaux, à l’instar de l’action du général Maurice Faivre et de ses harkas. De leur côté, les dirigeants du FLN pratiquent également les exactions et sur une toute autre échelle. Les massacres du Constantinois d’août 1955 provoquent la mort de 120 civils européens, celui de Melouza en mai 1957 de 300 habitants arabo-musulmans. Les prisonniers tombés aux mains du FLN subissent de nombreuses tortures et mutilations et ne reviennent pas souvent vivants. Dans ses propres rangs, le FLN pratique la terreur, éliminant physiquement tout suspect de trahison, de sympathie pro-française ou de déviationisme idéologique. Les purges internes d’Amirouche seront ainsi meurtrières. Une véritable guerre civile se déroule entre FLN et MNA de Messali Hadj provoquant quelques 10 000 morts, aussi bien en France qu’en Algérie. Des règlements de compte politiques ont également lieu, coûtant notamment la vie à Abane Ramdane, un des grands chefs du FLN. Parmi les soutiens français du FLN, on trouvera les membres du réseau Jeanson, les fameux « porteurs de valise », instituteurs trotsko-communistes en rupture de ban et autres prêtres rouges, ainsi que la fine fleur des intellectuels de l’époque dont l’inévitable Jean-Paul Sartre (qui faisait applaudir ses pièces par les Allemands sous l’occupation), mais aussi des trafiquants d’arme des pays de l’Est (Tchécoslovaquie et Yougoslavie notamment) et allemands. On trouvera aussi, chose moins connue, des militants néo-nazis ou affiliés comme le suisse François Genoud ou l’ancien officier SS Hans Rechenberg. Tous avaient en commun la haine de l’Occident et une certaine fascination pour le tiers-monde (caractéristique que l’on retrouve aujourd’hui encore chez les héritiers des nationalistes-révolutionnaires, croisement entre extrême-gauche tiermondiste et extrême-droite néo-paienne).

 

Enfin, souvenons-nous, puisque l’on parle d’exactions, des terribles massacres qui ont ponctué la dernière année de la Guerre d’Algérie : entre le 1er juillet (date de la proclamation de l’indépendance) et le 5 juillet, des hordes d’arabo-musulmans déferlant dans les rues d’Oran et téléguidés par les chefs FLN se livrèrent à des razzias d’Européens, des massacres de masse, des mutilations sur les hommes, les femmes, les enfants, les vieillards. On estime que plus de 2 000 furent ainsi tués et plus de 5 000 disparurent, sans compter les morts et disparus qui eurent lieu entre le 26 mars (signature des accords d’Évian) et le 1er juillet. Sans oublier aussi les harkis massacrés (les chiffres sont incertains mais ils seraient de l’ordre d’environ 100 000 individus) dans des circonstances atroces, éventrés, mutilés, le plus souvent sans procès cela va sans dire. En ce qui concerne la fameuse répression de la manifestation du 17 octobre 1961 à l’origine de cette mise au point, il convient de rappeler que la France était en guerre, le FLN était un ennemi impitoyable qui avait attaqué la France sur son propre sol, causant des pertes humaines (plusieurs dizaines de policiers et gendarmes seront tués ou blessés) et d’importants dégâts matériels. De plus, cette manifestation avait été organisée en violation d’un couvre-feu décrété auparavant, donc de manière parfaitement illégale, et le FLN avait contraint la population algérienne de Paris à manifester sous peine de représailles allant jusqu’à la mort. Concernant le nombre de victimes, les médias de gauche parle souvent de plusieurs centaines, se basant surtout sur les recherches de Jean-Luc Einaudi qui estime à plus de 200 le nombre de morts provoqué par la police. Mais ce chiffre est loin de faire l’unanimité car cet homme (par ailleurs membre notoire du Parti communiste marxiste-léniniste de France) est notamment contredit par Jean-Paul Brunet, un historien sérieux, qui estime, quant à lui, le nombre des victimes de la répression entre 30 et 50, les autres morts algériens découverts ce jour-là et les suivants étant l’œuvre du FLN qui pratiquait aisément les règlement de compte sanglant et les exécutions sommaires. Quant à l’africaniste et essayiste Bernard Lugan, il a évalué le nombre de victimes directes de cette répression à trois seulement, se basant sur le graphique des entrées de corps à l’Institut médico-légal de paris. Si le nombre exact n’est toujours pas officiellement déterminé par les historiens, il semble cependant être bien inférieur à ceux, fantaisistes, qui nous sont régulièrement avancés.

En résumé, l’acte de repentance de François Hollande pour ce soi-disant massacre du 17 octobre 1961 n’est pas seulement un acte de pure démagogie politique anachronique, c’est aussi un acquiescement à un mensonge idéologique pur et simple.

François Préval, docteur en Histoire

 

 

chris

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