L’Estonie un OVNI en Europe

Publié le par Christophe

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Je vous ai parlé il y a quelque temps du petit état de Chypre et de son côté attrayant pour les « oligarques » Russes. J'avais également évoqué les difficultés économiques de ce pays très similaires à celles de la Grèce, les deux pays n'étant pas d’ailleurs sans ressemblance. A priori tout cela n'a rien à voir avec l'Estonie. Pourtant, au moment où l'Europe doit apporter son aide à Chypre, le fait que les Russes de Chypre commencent à mettre à l’abri leur capitaux en Estonie, créé un petit lien reliant ces deux petits pays d'Europe et la grande Russie. Il n'en fallait pas plus pour réaliser un petit focus sur l'Estonie...

 

 

Le naufrage de Chypre, les Russes et les banques Estoniennes

 

Le sauvetage demandé par Chypre auprès de l'Europe ne fait pas l'unanimité et plusieurs pays réclament de laisser sombrer l’île méditerranéenne et de la rayer définitivement de la carte de la monnaie unique. Face au naufrage chypriote, les épargnants du nord de l’Europe refusent que leur argent serve à garantir les coquets dépôts de riches Russes qui profitent des avantages financiers de l’île et, au passage, de son soleil hivernal.

Reste qu’aujourd’hui, une aide européenne est devenue inévitable car l'état chypriote, comme les banques du pays, sont endettés jusqu’au cou, notamment en créances publiques grecques sur lesquels ils s’étaient rués.

La Russie, en toile de fond de ce petit drame, normalement, participera financièrement à l’opération de sauvetage de son île méditerranéenne préférée.

Cependant, les Russes résidant à Chypre ont peur de laisser leur épargne dans l’île et la déplacent en Estonie. Depuis le début de l’année, les dépôts bancaires ont augmenté de 11,2% dans l’ensemble. Ceux des Estoniens de 7,8% et ceux des étrangers de 28,2%. Ceux des entreprises étrangères de 34%. Les banques estoniennes apprécient, car cela les rend moins dépendantes de leurs maisons mères dans les pays scandinaves.

http://www.ekspress.ee/news/paevauudised/majandus/kreeka-kriis-toidab-eesti-panku.d?id=65231600

Les Russes ont peur que Chypre soit lâché par l'Europe et que l’euro soit remplacé par la drachme. Pour la seule raison que si Chypre, comme cela semble se dessiner, demande de l’aide financière à l’UE, cela poserait un problème moral, car une partie signifiante de cette aide destinée aux banques chypriotes, servirait à garantir les dépôts des riches Russes. Décision fin mars...

 

 

De la rigueur et du scandale en Estonie

 

Derniers entrés dans la zone euro, les Estoniens assument la rigueur avec laquelle ils gèrent les finances du pays et leur train de vie personnel. Au point d’en faire souvent une question de fierté nationale. Pourtant tout n'est rose dans ce gris de l'austérité. Ainsi des scandales politico-financiers ont secoué le pays depuis quelques mois, le plus sérieux étant le Silvergate. Ce scandale porte sur des soupçons de blanchiment d'argent par l'intermédiaire de donations des membres du parti au pouvoir, Reformierakond (Parti estonien de la réforme, libéral, au pouvoir), à leur formation. Le scandale porte le nom de son principal protagoniste, Silver Meikar, un ancien membre du parti.

Ces affaires ont poussé le président Toomas Henrik Ilves à convoquer une table ronde pour réunir les représentants des partis politiques, de la société civile ainsi que les leaders d’opinion.

 

 

Une initiative unique en Estonie


A l’issue de la réunion, il a été décidé de donner aux citoyens la possibilité de participer pendant trois mois, de janvier à mars 2013, à l’élaboration d’une nouvelle réglementation de la vie politique, en les faisant intervenir directement dans le processus législatif.

Depuis le 7 janvier, le site Rahvakogu.ee(Assemblée des citoyens) est donc actif. Il permet aux internautes de se familiariser avec la réglementation électorale et des partis existante et de proposer des amendements. Les propositions peuvent être envoyées jusqu’à la fin janvier dans cinq domaines liés au fonctionnement, au travail et au financement des partis politiques, ainsi qu’au domaine électoral. Le sens de cette initiative est de dire qu’aucun homme tout seul n’est aussi intelligent qu’un peuple dans son ensemble. Fin janvier, un groupe d’experts entamera un travail de réflexion sur les idées qui ressortent. En mars, une ou plusieurs journées de discussions, auxquelles environ 500 Estoniens, représentants de différentes catégories sociales, devront être invités à participer, seront organisées. Les résultats de ces débats seront à l’ordre du jour du gouvernement estonien.

 

 

L'accès au crédit entre particuliers

 

Ce type de crédit embryonnaire en France est très développé dans les pays baltes. En Estonie, Il est même un véritable appel d’air bienvenu pour l’économie. Le prêt entre particuliers vient compenser la difficulté d'accès au crédit. Et offre de bien meilleurs rendements aux investisseurs.

Véritable solution alternative, le crédit communautaire, met en contact direct d’un côté, ceux qui ont besoin d’argent, et de l’autre, ceux qui en ont, via des plate-formes qui prélèvent au passage une commission. Le système fonctionne d’autant mieux qu’il offre des prêts dans un pays dont le système bancaire est le moins développé. Les Estoniens, même les plus solvables, paient généralement un taux d’intérêt de 50 % pour un prêt sur salaire. Grâce à a ce système des crédits peuvent être obtenus à des taux bien plus bas : souvent 28 %.

Exemple : Un ingénieur en téléphonie qui, en vue de travaux dans son appartement, souhaitait emprunter 2 600 euros sur 36 mois, à 12 %. Il est célibataire et gagne 2 500 euros par mois, et il s’engageait à rembourser par tranches de 86 euros, intérêts compris. C'est fait prêter la somme de 10 euros par des dizaines de personnes . Il verse un remboursement mensuel à la société Isepankur, qui à son tour répartir cet argent entre tous les prêteurs. Et si certains prêts posent problème, Isepankur les revend à une société de recouvrement de créances.

http://www.europeanvoice.com/article/imported/reinventing-banking-and-revising-capitalism-in-estonia/76243.aspx

La concurrence pousse le coût du crédit à la baisse : les emprunteurs présentant un risque raisonnable paient moins cher. Une secrétaire gagnant 600 euros par mois, voulait 200 euros pour s’offrir des cours de finnois. Elle était prête à payer jusqu’à 28 % d’intérêts, mais les bailleurs se multipliant, son taux est finalement tombé à 12 %. A l’inverse, les emprunteurs douteux sont à la peine, ou paient plus cher : les prêteurs peuvent les questionner via le site internet, et s’ils fournissent de mauvaises réponses (ou ne répondent pas), leur crédibilité s’en ressent.

Isepankur est une société encore bien modeste... Tout comme l'était une autre invention estonienne : Skype…

 

 

Des transports en commun gratuits

 

Depuis le 1er janvier, les habitants de Tallinn utilisent gratuitement les transports en commun.

Cela représente une économie de 20 euros par mois, le coût moyen du billet mensuel pour un habitant de Tallinn.

http://www.lrytas.lt/-13591805811357379884-nemokamas-vie%C5%A1asis-transportas-jau-apkarto-talino-gyventojams.htm

Cependant, selon les usagers, le nouveau système a aussi des inconvénients. “Le nombre de SDF et d’ivrognes a augmenté dans les transports publics. Avant, ils ne prenaient que les bus venant du quartier malfamé de Kopli, mais aujourd’hui ils sont partout. De plus, ils sont fréquemment pleins à craquer et il est souvent nécessaire d’attendre le prochain bus, un peu plus vide”, raconte une jeune Estonienne de 22 ans.

Autre inconvénient, Il faut désormais payer pour des parcs de stationnement, jusqu’alors gratuits. Les zones tarifaires les plus chères ont été étendues. La municipalité récupère ainsi l’argent pour faire fonctionner le système de transports gratuits.

Pour utiliser les transports en commun, les habitants de Tallinn doivent être enregistrés comme résidents. Ils sont également dans l’obligation de voyager avec leur pièce d’identité et la carte verte de voyageur, qui coûte 2 euros pour 4 ans.

Même si Tallinn dit vouloir devenir une ville verte, les autobus sont vieux et polluants. Certains sont obsolètes. Les tramways sont vieux, impossible d’y accéder en fauteuil roulant ou même avec une poussette.

 

 

NDLR

 

Vous l'avez compris, en Europe l'Estonie est un OVNI.

Deux décennies après avoir recouvré son indépendance, l’Estonie a un taux de chômage inférieur à 10% et le salaire moyen est de 839 euros. Le pays se présente comme étant à la pointe du numérique et proche de ses citoyens. Il existe plus de 1 100 points d’accès gratuit à internet dans tout le pays. On peut utiliser internet pour voter et payer ses impôts, et créer une entreprise en ligne ne prend que 18 minutes.

Finalement, les autorités de ce pays ont bien des libertés. Celles des pays qui ne comptent pas encore assez en Europe. L’Estonie bénéficie plein pot de la période de séduction faite par l'Europe aux derniers arrivants. Dès qu'ils seront à niveaux l'Europe changera certainement d'attitude envers ce petit pays Balte. Ces habitants comprendront alors qu'ils ont quitté la dictature de l'URSS pour celle de EUSSR... Tout ça pour ça !

 

 chris

Publié dans Décryptage

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